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Venue tout droit de Singapour et des usines de Fusion Garage, la tablette tactile JooJoo doit composer avec un concurrent massif dans son sillage (chronologiquement) : l’iPad. Le positionnement de la tablette neo-asiatique est clair : une fenêtre tactile sur le web, tout le web, avec un environnement, tiré de Linux, adapté pour une navigation au doigt, 4 Go de capacité de stockage, une webcam et pas de lecteur SD. Le tout sous le contrôle d’un écran tactile haute résolution (1366 x 768 pixels) de plus de 12 pouces, soit environ 30 cm de diagonale ! A titre de comparaison, la tablette d’Apple affiche une résolution de 1024 x 768 pixels sur un écran de 9,7 pouces (diagonale de 24,6 cm).

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Le produit se procure aujourd’hui uniquement via le site JooJoo. Aux 359 euros que demande Fusion Garage, il faut ajouter 20 euros de frais de port et une surprise du chef la plupart du temps, à savoir 92 euros de frais de douane. Soit la bête dans vos mains pour 471 euros.  Dans tous les cas, voici le verdict.

Ergonomie et prise en main

joojoo-prise-en-mainVisuellement plutôt bien faite, la JooJoo perd de sa superbe au toucher. Le plastique doré imitant l’aluminium ne sera jamais de l’aluminium. Côté proportions, la tablette atteint voire dépasse clairement les limites du supportable en utilisation longue ou même modérée.

La prise en main est instinctive, on place ses deux mains de part et d’autre de la dalle sur sa longueur. En position verticale, la JooJoo se pose naturellement sur le ventre ou les cuisses, sur la tranche. Les bords non tactiles sont plus larges que sur iPad (entre 2,5 et 3,5 cm, selon la position), on peut donc poser ses doigts sans craindre de toucher l’écran par inadvertance. L’écran est une dalle brillante, comme chez Apple. Attention aux reflets !

Par ailleurs, le type de dalle utilisé, appelé TN, ne permet pas de grands angles de vision verticaux (ou horizontaux, selon l’orientation). L’affichage tourne au négatif ou noir très bouché à partir de 45°.

Le poids devient (très) vite problématique. Car la JooJoo, c’est 1,1 Kg à la balance, soit le poids d’un MacBook Air ou d’un ordinateur ultra portable à tenir à bout de bras. Il existe un support (vendu 29,99 euros). À l’usage, la fatigue se ressent vite. Surtout lorsqu’il faut lâcher l’un des bords pour naviguer avec le doigt. Ah oui, la tablette chauffe, et pas qu’un tout petit peu, surtout à l’endroit de la batterie, sous la main gauche.

On trouve une webcam qui n’est activable que pour la visioconférence sur des plates-formes spécifiques. Quant au port USB, il est pour l’instant désactivé et ne sert strictement à rien (sauf à connecter une souris ou un clavier filaire…)

Interface et navigation

joojoo-iconesQui dit base Linux, pense forcément légèreté d’utilisation. La JooJoo se devait apparemment de tordre le cou à la règle. L’interface développée spécialement pour la tablette est composée à partir du libre pingouin, mais force est de constater que le processeur Intel Atom cadencé à 1,6 Ghz et le chipset graphique Ion de Nvidia rament sévère pour faire tourner le tout. L’interface fonctionne en perpétuelle lenteur. Sur l’écran d’accueil sont affichées une vingtaine d’icônes qui sont autant de liens vers les sites Facebook, Twitter, CNN, WordPress, Gmail, The Weather Channel, Yahoo! ou encore BBC News, FlickR et YouTube.

On peut toutes les afficher ou sélectionner des angles d’approche (réseaux sociaux, news, pro, divertissement). Un mouvement du doigt vers la gauche ou la droite vous emmène respectivement à la page des bookmarks (pages web enregistrées) ou au calendrier doté d’un historique de navigation. Graphiquement, ces pages forment une belle démonstration d’adaptation aux usages tactiles sur une tablette. À pratiquer, c’est autre chose. Que ce soit pour changer de page ou faire défiler les icônes, l’interface accroche continuellement.

Petite subtilité JooJoo-tesque : lorsque la tablette est en charge (ce qui arrive souvent, nous le verrons plus loin), neuf fois sur dix, l’écran tactile ne répond plus. Seule la rotation de l’écran répond encore.

Clavier et saisie

joojoo-clavierUniquement QWERTY (une mise à jour apportera, si nécessaire selon Fusion Garage, une version AZERTY), le clavier tactile apparaît sur commande depuis la barre JooJoo ou lorsque l’on entre dans une fenêtre de saisie. Les sensations sont presque les mêmes que pour l’iPad en mode paysage. Le clavier est large, l’espacement entre les lettres agréable et l’écran est très réactif quand la tablette le lui permet. Le clavier peut être baladé sur toute la surface de la dalle.

Malheureusement, on est encore obligés de se servir d’un clavier incomplet, segmenté en lettres ou chiffres ou symboles. Oubliez aussi les accents pour le moment. En position verticale, le clavier s’amincit de moitié. La saisie en devient beaucoup moins intuitive.

Usages

Uniquement dédiée au web, la JooJoo dispose d’autant d’usages, théoriquement, que le permet la Toile. Son côté monomaniaque de l’Internet la rend du même coup extrêmement dépendante de sa connexion WiFi. Il y a bien une puce 3G dans les entrailles, mais elle ne sert à rien pour le moment.

Multimédia

YouTube, deux milliards de vidéos diffusées tous les jours, optimisées pour l’occasion, est le cheval de bataille de la tablette. Chaque vidéo voit le logo YouTube précédé d’un logo JooJoo. Il suffit alors d’appuyer sur la vidéo, d’attendre un petit chargement tampon (plutôt rapide, même en qualité HQ) et la vidéo s’affiche sur la totalité de la dalle 12,1 pouces, avec une bonne extrapolation. Quelques vidéos seulement soutiennent le 4:3.

Dommage que la compatibilité n’ait pas été poussée sur d’autres sites, comme Dailymotion, qui galère un peu pour charger une vidéo similaire (SD comme HD). Pas de lecture DivX ou autre, on ne peut pas charger de fichiers dans la tablette. Côté streaming, c’est un peu la loterie. Et on perd souvent…
La musique ? Il suffit de retrouver son site préféré d’écoute musicale, comme Deezer et de lancer la lecture. Vidéo comme audio, le contenu multimédia peut tourner en tâche de fond.

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Livre électronique & Jeux

Pas de liseuse interne, il faut se contenter de ce que l’on trouve en lecture en ligne en œuvre, BD ou manga (comme sur livrespourtous.com, par exemple). La lecture est agréable en mode portrait/vertical mais attention aux polices trop petites, l’écran ne permet pas le zoom.

Web only, c’est donc du côté des jeux Flash (le format est supporté !) que l’on doit se tourner pour jouer. Mais si tous les jeux Flash sont bien compatibles avec la JooJoo, le clavier tactile ne dispose pas de touches de direction (les flèches).

Il faut alors trouver le peu de jeux Flash ne requérant pas de touches de direction (pas simple) et préférer la position verticale de la JooJoo, le clavier prenant trop de place en paysage.

Internet

La navigation web by JooJoo est ultra rapide et affiche l’intégralité des modules d’un site. Ce sont ici que les 4 Go de mémoire jouent le rôle de tampon et permettent à la tablette de vite assimiler les infos mais aussi d’en digérer plusieurs en simultané. On peut donc ouvrir de nombreuses pages, les laisser actives sans pour autant sacrifier les performances de la navigation et passer de l’une à l’autre via un carrousel. Flash étant de la partie, il n’y a pas de restriction en navigation.

A noter l’importance de la barre JooJoo, que l’on fait apparaître par simple glisser du doigt vers le bas, n’importe où sur la tablette. Elle permet de revenir au menu, d’activer le clavier, de lancer le carrousel de navigation entre les pages web, contrôler le volume ou, en pressant l’espace vide au centre de la barre, entrer les adresses et recherches de sites web. On ne peut pas encore ajouter ses propres icônes, mais il existe un système de bookmark pour marquer certaines pages déjà visitées via le navigateur maison.

Solution professionnelle

Ici, ce sont les solutions de types Google Documents qu’il faut privilégier si l’on espère accomplir quelques tâches pro. Problème côté mails, si c’est à l’international, tant mieux, mais pour de l’échange en français, le clavier Qwerty pourrait vite vous faire passer pour un cancre. Et ne comptez pas sur la JooJoo (pour le moment ?) pour intégrer un système de saisie prédictive.

Applications

Comme le stipule assez bien le site officiel de la tablette : « JooJoo vous donne accès au plus grand AppStore qui existe, Internet ». C’est osé, on aime le trait d’esprit, mais nous sommes bien à l’heure du système à applications. La force et surtout l’avenir d’Apple ou de Google sont là. Lancer une tablette sans le moindre système applicatif mobile est pour nous une erreur stratégique.

Autonomie

joojoo-low-batteryLa JooJoo met entre 2H15 et 2H30 pour se  charger. C’est mieux que l’Autre tablette, qui approche les 3 heures de charge. Mails sur Gmail, un peu de YouTube, un soupçon de Facebook, des allers-retours dans l’OS. Une heure de « jeu » et déjà 60 % au compteur. On pose la bête quelques poignées de minutes. Constat au retour : 18 % supplémentaires ont été arrachés à la batterie. La tablette expire après 2H50, sans vraiment avoir été sollicitée.

Il faut dire que l’appareil ne se met pas en veille de lui-même après un laps de temps, même si l’écran s’éteint (c’est une feinte !) Il faut donc presser brièvement le bouton ON/OFF pour une véritable entrée en veille. Et là, on passe à environ 3H40 d’autonomie, toujours avec une utilisation très soft de la JooJoo. En utilisation continue, l’autonomie oscille entre 2h20 et 2h40, soit 6 heures de moins qu’un iPad.

Verdict

Trop grande pour être simple à utiliser, même lorsque l’on est posé dans son canapé, pas assez fiable pour tenir la route sur la longueur, la JooJoo a tout de l’erreur de casting. Impossible à utiliser hors ligne, son intérêt est plus que limité. Et que dire de l’autonomie, si ce n’est qu’il ne fallait pas s’attendre à beaucoup plus en engonçant un netbook dans une dalle tactile sur-dimensionnée. Fusion Garage réfléchit à l’usage à donner à son port USB, qui ne sert donc pour l’instant qu’à transformer la chose en poulpe (hub USB + clavier + souris) ou à remplacer, avec bonheur il paraît, l’interface par des OS connus. D’autant que si l’on fait le compte, les 471 euros demandés au total pour une JooJoo 4Go se rapprochent tout doucement des 499 euros de l’iPad 16 Go Wi-Fi. Inutile de faire la comparaison…

Romain Thuret