En chute libre parmi les utilisateurs de smartphones, Windows Mobile se mue en Windows Phone 7 Series et passe un coup de balai sur les erreurs du passé. Objectif : concurrencer sérieusement l’iPhone et Android. Débarquement en fin d’année, présentation, de suite.
Windows Phone 7 à l’assaut des smartphones
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Dites adieu à Windows Mobile, bienvenue à Windows Phone 7 Series. Microsoft fait table rase avec l’espoir de reconquérir le marché du téléphone mobile haut de gamme. Multitouch, interface graphique unique, orientation communautaire, le programme est alléchant et colle aux attentes des utilisateurs de mobiles tactiles. Un virage sec mais nécessaire, même si Windows Mobile a connu de belles heures de gloire sur smartphone. Lourd, pas forcément bien pensé dans tous ses compartiments d’utilisation, il « faisait le métier », faute de mieux. Puis ont débarqué des systèmes d’exploitation mobiles mieux armés et surtout accessibles pour le grand public comme pour les pros : Blackberry de RIM, Google Android et bien sûr iPhone OS d’Apple.
Des outsiders vite devenus incontournables. Les versions 6.1 puis 6.5, malgré quelques arrangements, n’ont jamais vraiment digéré le passage au tactile pour la majorité des smartphones contemporains. Les bons rapports avec les constructeurs de téléphones maintiennent heureusement Microsoft à flot dans l’univers mobile. Mais à part le très bon HTC HD2 – sa surcouche graphique de maquillage pour masquer le peu de fun de l’interface Windows Mobile et son processeur musclé – adopter un Smartphone équipé de WinMo 6.5, c’est opter pour un chemin de croix.
Android, iPhone et Blackberry en point de mire
Au 3e trimestre de l’année dernière, l’institut Gardtner enfonce le clou : en chute libre, la part de marché de Windows Mobile dans le monde des smartphones passe de 11 à moins de 8 % en un an, pendant que l’iPhone, entre autres, se gave avec 17 % de part de marché. Pire, au Etats-Unis, où le Blackberry est roi avec 43 % de part de marché, Windows Mobile ne pèse plus que 15,7 % (source Comscore, janvier 2010). Apple se place second avec 25,1 % de part de marché.
Après une présentation succincte mais attendu lors du dernier Mobile World Congress, Windows Phone 7 Series s’est un peu plus montré aux yeux du monde lors du Mix10.
La conférence annuelle des développeurs web Microsoft s’est tenue à Las Vegas du 15 au 17 mars dernier et a fait la part belle à la présentation de l’un des grands défis de la firme de Redmond cette année : la reconquête de l’univers mobile.
Un Zune dans le moteur
Pour cela, Microsoft opte enfin pour un système cohérent. Graphiquement, WinPho7 hérite d’une interface légèrement modifiée du Zune HD, le baladeur multimédia de Microsoft. Simple, fluide, cette interface bénéficie d’une navigation béton.Le style est sobre, sans fioritures mais efficace. La notion de hub social est clairement mise en avant sur cet OS (système d’exploitation) puisque vos contacts s’affichent avec photo, descriptifs, mails, derniers échanges réalisés sur des réseaux sociaux. Pour ces derniers, sachez qu’il est possible, depuis une page dédiée, de mettre à jour simultanément, tous ses statuts (Facebook, Twitter, MySpace…) Concernant les Jeux, l’atout majeur de cette nouvelle mouture est la compatibilité avec le Xbox Live. Les utilisateurs de Xbox 360 sont ainsi en connexion permanente avec leur compte. Pour les développeurs, cette plate-forme ludique unifiée pousse le concept jusqu’à leur permettre de développer des jeux simultanément sur le Live arcade de la console et une version mobile.
Les icones sont grosses et représentent bien l’orientation plus grand public de WinPho7 : People (gestion réseaux sociaux et contacts), Jeux, Office (édition et lecture de documents bureautiques), Vidéo et Musique, MarketPlace (store pour télécharger des applications) et Images. Logiciel puissant, WinPho7 intègre des éléments dynamiques au sein des pages dédiées. Prévisualisations en vignettes des vidéos, mises à jour en push des entrées Facebook ou informations sur le MarketPlace, l’OS en a sous le capot. Bien entendu, ce genre de logiciel s’appréciera via des smartphones dotés d’écran haute résolution de grande taille.
En tout cas, l’expérience douloureuse et poussive de Windows Mobile 6.5 semble bien loin et Microsoft apparaît plus proche que jamais d’un système qui tient la route. Pour confirmer, le géant de Redmond doit pourtant accocoucher d’un conept carré.
Pour tout le monde (presque) pareil
Pour attaquer efficacement iPhone et Android, Microsoft avait donc besoin d’unifier et baliser son système d’exploitation, plutôt que de prendre le risque de le laisser s’éparpiller dans des téléphones différents les uns des autres. Ainsi Microsoft impose-t-il une configuration type pour les téléphones WinPho7, une charte de fiabilité. Pour être certifié Windows Phone 7 Series, le terminal doit, au minimum, posséder un processeur ARMv7 Cortex/Scorpion, 8Go de stockage interne, 256 Mo de mémoire vive, un écran tactile multipoint capacitif (comme l’iPhone), une résolution de 800 x 480 pixels (ou 480 x 320 pour les modèles moyens), un capteur 5 mégapixels pour l’appareil photo numérique, un accéléromètre et une puce A-GPS. De l’aveu des ponts de Microsoft, les mobiles actuels seraient incapables de faire tourner ce nouveau système d’exploitation.
Côté physique, les smartphones WinPho7 doivent adopter 3 boutons non tactiles en façade (accès au menu, sélection et navigation). Pas un de plus, pas un de moins. Une condition qui rend la situation du HTC HD2 assez floue. En effet, si vous avez suivi notre revue des téléphones géants la semaine dernière, nous vous indiquions que le monstre de HTC devait subir un profond lifting avec passage à WinPho7 sur demande. Une information lâchée lors du Mobile world Congress. Or, le HD2 possède 4 boutons en façade. Et depuis les commandements de Microsoft, silence radio, ce dernier restant ferme sur ses 3 boutons, HTC bottant en touche. Dommage, WinPho7 se passerait d’un puissant allié.
A noter également qu’il sera impossible pour les constructeurs d’ajouter une surcouche navigatrice ou graphique, comme le fait HTC avec les produits WinMo 6 et Android (HD2, Desire, Diamond, Hero…) Tout juste pourra-t-on changer les couleurs des thèmes.
La mort de Windows Mobile
Au-delà de ces considérations techniques, Windows Phone 7 Series tranche avec ses aînés et surtout avec Windows Mobile 6.5 en rendant le système applicatif incompatible avec les versions antérieures. En substance, toutes les applications créées sur Silverlight (nouvel outil de développement pour les applications) et distribuées sur le MarketPlace seront exclusives à Windows Phone 7. Possesseurs de WinMo 6.5, considérez votre OS comme mort, près à être enterré.
Idem concernant les applications antérieures ou actuelles, qui ne seront jamais compatibles avec les futurs téléphones Windows Phone. Un signe fort de Microsoft, qui confirme ici sa volonté d’oublier tout ce qui a été fait auparavant pour se concentrer uniquement sur Windows Phone 7 Series, qui devient enfin un concurrent potentiel aux cadors du smartphone tactile. LG devrait vraisemblablement lancer le premier WinPho7, suivi de Samsung, Asus et HTC et sans doute Microsoft quand le système sera bien implanté.
Avant la sortie des premiers modèles pour le second semestre 2010 voire l’automne prochain, vous trouverez ci-dessous, en prenant la concurrence en exemple, les forces et faiblesses de WinPho7.
Qualités :
+ Enfin une approche grand public, dans son fonctionnement comme dans son habillage, d’un système Windows pour mobiles.
+ Une interface cohérente issue du Zune HD, qui a fait ses preuves (bon, le produit n’a jamais marché chez nous, mais aux Etats-Unis, il se vend plutôt bien).
+ Une stratégie technologique fermée qui prône du coup le rassemblement de compétences technologiques plutôt que l’ouverture à outrance, avec les dérives connues (systèmes ingérables et trop lourds).
+ Création d’un univers Windows 7, comme avec Google ou Apple pour leurs systèmes, où l’utilisateur Windows, du PC à la Xbox 360, pourra retrouver tous ses outils.
+ La plate-forme MarketPlace côté développeur est accessible gratuitement pour les étudiants souhaitant développer et vendre des applications pour WinPho7. Pour les autres, c’est 75 euros l’inscription.
Défauts et interrogations :
- Pas de gestion du multitâches en dehors des applications de base (SMS, Appels, Web). Un problème quand Android gère le lancement en tâche de fond de toutes les applis et que l’iPhone s’apprête à y passer avec son OS 4.0.
- Impossibilité pour les constructeurs de personnaliser graphiquement les téléphones avec des surcouches. Cependant, la navigation de type Zune semble assez fluide, sobre et classe pour faire l’affaire.
- D’après le site Endgadget, qui a obtenu quelque indiscrétions techniques chez Microsoft, il sera impossible d’effectuer des Copier/Coller sur la première version du logiciel. Un défaut des plus gênants tant on se souvient des pressions constantes qu’Apple a subi pendant deux ans de la part des utilisateurs, jusqu’à l’intégration de la fonction dans l’iPhone en juin dernier.
- Quid du fonctionnement de l’OS en pratique ? Après les lourdes expériences Windows Mobile, on est en droit de se demander si, encore une fois, Windows sortira un système techniquement contraignant pour les terminaux.
Romain Thuret
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