Un publicitaire a dit un jour : « tant que le téléviseur des Français s’allumera sur le canal 1, la chaîne privée n’a pas de soucis à se faire ». C’était il y a 10 ans… Depuis, on a assisté à une segmentation de l’offre avec l’arrivée de la TNT, et à l’appartition de nouveaux contenus avec la généralisation de l’internet haut débit.  Les magnétoscopes ont cédé la place aux enregistreurs numériques et aux lecteurs DVD/Divx, permettant de consommer ses programmes quand on le souhaite …mais aussi de les mettre à disposition pour que d’autres en profitent.

Alerte à Couch potato land

Pourtant selon l’enquête du Ministère de la Culture et de la Communication sur les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, nous sommes plus nombreux qu’il y a 10 ans à regarder quotidiennement la télévision. Mais, signe des temps nouveaux, pour la première fois dans l’histoire du média, le temps consacré à cette activité, 21 heures par semaine, n’augmente pas  et diminue même chez les 15-24 ans.

Petits écrans

Car le petit écran ne mérite décidémment plus son appellation. Ainsi nommé en référence à l’écran de cinéma, « le meuble » comme disaient ses détracteurs, a réussi le tour de force de s’alléger en volume en augmentant considérablement sa surface de projection. Mais d’autres écrans plus petits, plus mobiles se sont multipliés et apportent eux aussi leur lot de contenus disponibles au doigt et (doublement) à l’œil. Les chaînes internet comme YouTube ou Dailymotion associées aux moteurs de recherche proposent des contenus -paradoxalement- souvent issus des programmes télévisuels traditionnels, anciens ou récents.

Home vidéo stars

Ce succès pour des programmes souvent courts et peu valorisés par la qualité technique de reproduction s’explique par la liberté de choisir parmi une offre pléthorique, et pour le moment gratuite. Alors que l’on a rarement vu un dîner d’amis devant la TV (sauf chez Johnny H. paraît-il), il n’est pas rare qu’à l’heure de l’apéro ou du café, un convive fasse partager ses découvertes musicales ou humoristiques en improvisant une vidéo playlist sur le portable maison. Certains fabricants de téléviseurs ont d’ailleurs pris conscience de ces nouvelles pratiques en proposant désormais YouTube sur leurs maxi dalles (attention les yeux !). Les industriels du téléphone mobile ont fait la même analyse en intégrant une application du même service dans la plupart de leurs nouveaux produits.

Full access

Les chaînes « classiques » ont sans doute analysé ce souhait de consommation à la carte  permis par le numérique. La mise à l’antenne d’une sélection des « nouveaux contenus » web donnent une touche, mi high tech, mi vidéo-gag à leurs programmes. Plus sérieusement elles ont pris acte que le consommateur désire aujourd’hui un accès quasi permanent aux contenus, ne se contentant plus d’erratiques rediffusions. Les opérateurs de double ou triple play ont intégré ce souhait dans leur box. La télé de rattrapage est une première étape pour les fournisseurs de contenus, franchie sur le web par France Télévision, Arte, M6 (mais l’accession aux programmes est limitée dans le temps) ou Canal + (réservée aux abonnés, sauf les émissions en clair). L’offre de Vidéo à la demande (payante) de séries s’élargit aussi (image ci-dessus). Mais elle reste étriquée et les tarifs font que l’internaute hésite à payer un contenu virtuel qu’il pourra se procurer pour moins cher sur support physique, voire gratuitement de façon détournée.

On my radio

La radio, sans doute parce qu’elle est un média en perte de vitesse (durée d’écoute en baisse, sauf auprès des 65 ans et +), a bien compris l’enjeu pour elle de cette consommation à la carte, prenant pignon sur  web, quitte à ajouter l’image au son, et à nouer des partenariats.  Les chroniques de Stéphane Guillon sur Inter/Dailymotion peuvent ainsi battre des records d’audience. La multiplication des podcasts gratuits permet aussi d’écouter ses émissions préférées à domicile ou en déplacement.

Formule mixte ?

Alors que plus de la moitié des Français dispose d’une connexion à haut débit, que plus d’un tiers utilise l’internet au quotidien à des fins personnelles, que le surf mobile se généralise, les fournisseurs de contenus proposeront de plus en plus, comme les restaurants, une offre mixte menu et carte. Reste à fixer un modèle économique viable pour les deux médias.

Hugo Bertrand