Il y a 15 ans, pas question d’offrir un téléphone portable, alors associé à un abonnement obligatoire, à son ado. Les parents commençaient juste à s’équiper et le téléphone fixe restait le pivot des télécommunications familiales. Avec les inévitables frictions qui en résultaient…

Parachute et sac à dos

En 1995, les opérateurs téléphoniques ont l’idée d’utiliser la radiomessagerie comme une offre ciblée jeunes. Des noms qui claquent sont choisis  : TamTam pour Cegetel, Tatoo pour France Télécom et Kobby chez Bouygues. On bâtit des campagnes de pub  jouant la convivialité : « Votre tribu garde le contact avec vous » (Tatoo) ou l’humour décalé  « J’ai ton parachute, où est mon sac à dos ? » (TamTam). Les petits boîtiers de poche, plutôt sobres au début, osent bientôt la couleur et même le translucide.Tamtambleu Tout pour séduire, avec une offre relativement basique.

Smooth operator

Rappelons le principe de la radiomessagerie. TamTam et ses petits frères ne sont que des récepteurs de messages écrits, à  la différence des portables qui permettent d’envoyer et de recevoir des SMS. Pour laisser un message sur un pager, l’appelant devait obligatoirement passer par le téléphone (voire pour certaines offres, par un minitel ou l’Internet). Il composait le numéro d’appel à 10 chiffres du pager ; un serveur vocal ou un opérateur l’invitait alors à laisser un message sous la forme de chiffres (soit un n° à rappeler, soit un code, genre 104 = où es-tu ?) ou de phrases courtes, qui étaient ensuite transférés sur le pager concerné. TamTam pouvait aussi recevoir des « scoops en temps réel » de l’Agence France-Presse… qui faisaient la joie des professeurs. C’était peu mais déjà beaucoup par rapport à l’ancêtre du système, Eurosignal, lancé en 1975 ; l’information transmise se résumait alors à un voyant s’allumant sur un récepteur.

Succès éclair

Les TamTam, Tatoo et autres Kobby étaient vendus pour une somme de 100 à 150 euros. Pas d’abonnement pour le propriétaire du pager mais un coût de communication de 40 à à 60 centimes d’euros pour l’appelant.carte tatoo2 Les factures des postes fixes familiaux, des mobiles parentaux ou les crédits des cartes prépayées ont parfois répercuté ce succès générationnel bref mais massif. TamTam a compté jusqu’à 500 000 utilisateurs, Kobby, 237 000 ; quand à Tatoo, son parc représentait 70 % du marché total des pagers.

Page tournée

Bien évidemment le développement multiciblé du téléphone mobile avec la création d’une offre à la carte a eu raison des pagers. TamTam a arrêté ses ventes fin 98 et suspendu ses sevices en 99. Kobby a suivi. Seule la marque Tatoo subsiste, vendue à l’opérateur de radiomessagerie allemand e*Message. Candidats à la nostalgie : direction eBay ou PriceMinister (illustration).

Hugo Bertrand